|

"Faites
du bruit !". Voilà ce
à quoi nous conviait Kela lors
de son concert toulousain en octobre
dernier. Des bruits, il en sort de
toutes sortes de sa bouche, des beats,
des scratches, des rythmes drum'n'bass,
des cris aux chuchotements en passant
par des voix soul ou R'n'B, ce gars-là
sait tout faire. Et surtout, tout
faire en même temps !
Habitué des tournées
du label anglais Jazz Fudge, Kela
est une sorte de groovebox vivante,
qui aurait avalé par mégarde
les platines et le talent d'un Kid
Koala en grande forme. Ce soir-là,
la foule était littéralement
hypnotisée par la multitude
de sons qu'il parvenait à produire
avec sa bouche pour seul instrument.
Cette rencontre nocturne - il était
plus de quatre heures du matin - nous
a révélé un Kela
prolixe et déterminé
à élever le beatboxing
au rang le plus haut. Alors que "Croop
Circles", le second volet des
All Terrain Series entamé avec
"Heavy Artillery", sort
ces jours-ci , Kela nous éclaire
sur son parcours de beatboxer hors
du commun, des génériques
de son enfance à la sortie
de son second maxi
|
|
Je
voudrais d'abord savoir comment tu
es venu au Hip Hop
Je
me suis mis au Hip Hop vers l'âge
de dix-neuf ans, je me suis intéressé
au emceeing et à tous les autres
éléments du Hip Hop.
J'appréciais cet art, plus
du point de vue de l'attitude, que
pour ses éléments pris
séparément. J'aimais
la compétition et j'étais
assez rebelle.
Le emceeing faisait partie de cela
mais je m'y suis surtout mis du fait
que je vivais loin de tout. J'ai fait
partie d'un groupe qui s'appelle 360
Physicals, au début il y avait
vingt-cinq personnes dans ce collectif,
des emcees, des DJs, des b-boys, des
graffeurs, etc. J'avais déjà
un avis sur le Hip Hop et j'en connaissais
très bien chaque élément.
Et
comment es-tu venu au beatboxing ?
Le
beatboxing a toujours été
pour moi un truc qui restait dans
l'ombre, c'était un truc que
je faisais tout simplement, et personne
ne s'y intéressait. Je fais
du beatboxing depuis l'âge de
cinq ans, ensuite vers onze ans j'ai
écouté du heavy metal
et du punk et j'ai donc fait du beatboxing
heavy metal et punk. J'ai écouté
pas mal de styles de musique différents
jusqu'à ce que je me mette
au Hip Hop et, durant tout ce temps,
je faisais du beatboxing, je copiais
des trucs comme les génériques
télé, les programmes
pour enfants ou encore des trucs comme
Bugs Bunny. C'est comme cela que je
suis venu au beatboxing.
360 Physicals a splitté parce
que trop de gens en faisaient partie,
j'ai ensuite rejoint les Scratch Perverts,
dont je suis devenu le huitième
membre. Mais c'est toujours le dernier
arrivé qui se fait virer, le
collectif s'est dissout environ six
à sept mois plus tard, et s'est
reformé avec trois de ses membres.
J'ai poursuivi mon chemin et je suis
devenu membre du Rock Steady Crew,
qui était dirigé par
Tough Tim Twist qui était à
la tête de la partie anglaise
du collectif. J'ai traîné
avec lui quelques temps, puis Crazy
Legs m'a vu au championnat de breakdance
et il a dit un truc du style "Yo,
ce Kela déchire" (rires).
Voilà comment j'en suis arrivé
là.
Mais
n'as-tu jamais eu envie de rapper,
d'écrire des rimes, bref d'être
un emcee ?
Non.
J'ai toujours écouté
des sons pour la batterie, je pense
que cela me vient de mon père
qui était batteur. J'adore
les instruments, je suis intrigué
par les instruments.
Pour moi, un emcee est un chanteur
frustré, de la même façon
qu'un mec qui fait du beatboxing est
un emcee frustré (rires).
Donc, c'est un cercle vicieux, mais
je pense que j'ai choisi ce qui est
venu à moi naturellement. Le
emceeing n'est pas quelque chose de
naturel chez moi, parce que je ne
suis pas très bon avec les
mots. J'ai été emcee
mais je n'étais pas le meilleur,
je faisais des freestyles mais aujourd'hui
j'ai arrêté.
Il
y a une part de don dans ce que tu
fais, dans ces sons que tu fais sortir
de ta bouche, mais il y a aussi bien
sûr une part de travail, comment
travailles-tu tous ces sons justement
?
Je
dois dire que je m'entraîne
beaucoup, mais je ne passe pas mon
temps à m'entraîner.
Je pense que mes expériences
musicales, comme pour beaucoup de
musiciens, contrebalancent cela. Si
je fais une tournée avec un
guitariste incroyable, je ne vais
pas m'entraîner, je vais le
regarder jouer et m'inspirer de ce
qu'il fait. Autre exemple : je peux
écouter de la musique chez
moi et me concentrer sur l'énergie
qui en ressort - c'est ce que je disais
tout à l'heure à propos
du Hip Hop, ce n'est pas tant la musique,
que l'énergie et l'attitude
que je retiens, du style "Fuck
you, je vais faire ce truc-là".
C'est beaucoup plus cette énergie
positive, mais rebelle à la
fois, qui m'inspire. Je m'entraîne
chez moi mais je ne me dis pas d'un
seul coup "Bon aujourd'hui, il
faut que je m'entraîne".
Et
le beatboxing représente quoi
pour toi ?
Cela
représente un moyen d'expression,
cela me donne l'occasion d'être
quelqu'un. Quelqu'un que la plupart
des gens ne remarquerait même
pas, parce que je viens d'un tout
petit village en Angleterre, près
de Brighton, il y a à peine
quatre mille habitants.
|