Rencontre avec Kela

 

 


 

 

Tu as également produit les morceaux de "Heavy Artillery", ça t'a plu de t'occuper de la production ?

Je voulais produire ces titres parce que ma musique n'a pas encore de son propre, de son que l'on peut identifier comme tel. Et cela vient du fait qu'il s'agit de beatboxing, et qu'il n'y a pas de son à proprement parler dans cette discipline, parce que tu ne fais que copier quelque chose.
Je copie des sons, et sur mes disques, je veux montrer aux gens que l'on peut faire des disques de beatboxing. Quand je suis allé en studio avec le matériel, j'ai rencontré beaucoup de problèmes parce que je ne suis pas producteur, je peux réfléchir comme un producteur, je peux produire des sons dans ma tête, mais du point de vue technique, je n'ai pas les compétences. Mais d'un autre côté, si j'avais su comment utiliser le matériel, je me serais précipité.
Pour "Heavy Artillery" je suis allé en studio très naïvement, en me disant "Ok, je vais créer une boucle avec ça, échantillonner ça, je ferai tel truc et ce sera bon", et pour beaucoup de gens cela se tient parce qu'ils ont des difficultés à accepter que je puisse faire cela avec ma bouche. Si je commence à compliquer les choses en ajoutant des effets et en lâchant des beats ça et là, les gens vont dire des trucs du genre "Oh, il triche, ça n'a pas de sens". Donc ma naïveté a vraiment été une chance quelque part. Mais je suis toujours à la recherche de mon propre son, même avec "Croop Circles", mon nouveau maxi. "Croop Circles" est une bonne représentation de l'état d'esprit dans lequel je suis en ce moment, mais ce n'est pas encore une bonne représentation de ce que le beatboxing devrait être sur disque, et de comment je devrais être sur disque. Notamment parce que j'apprends à me servir du matériel, c'est comme un livre. Si tu m'as vu sur scène et que tu as écouté mes disques depuis le début, à la fin du livre, tu trouveras une bonne description de ce qu'est Kela aussi bien sur disque que sur scène.

Ton maxi "Croop Circles" sort ces jours-ci, tu as bossé avec Sonar Circle de Reinforced Records, pourquoi voulais-tu collaborer avec un artiste drum'n'bass ?

Tout d'abord, parce que cela n'a jamais été fait auparavant. Pour moi la drum'n'bass a la même attitude que le Hip Hop, la même mentalité, et si ma mentalité est rebelle, je ferai ce que j'ai choisi. Je ferai le morceau que j'ai envie de faire et je me foutrai pas mal de déranger les gens. Je connais mes fans et j'espère que, tant que le morceau est de moi, même si c'est un morceau drum'n'bass, ils l'apprécieront pour ce qu'il est, c'est-à-dire un de mes morceaux. Je l'ai fait aussi parce que je voulais collaborer avec Sonar Circle et je voulais que les gens puissent l'identifier comme un truc de Kela, qu'ils puissent se dire "c'est un morceau de beatboxing drum'n'bass" (rires).


Comment as-tu rencontré Out Da Ville et comment avez-vous travaillé ensemble ?

Je suis allé en studio et je voulais un morceau qui soit vraiment une face B. Je voulais qu'il soit entièrement fait par moi avec aucun autre instrument, je voulais que ce soit une sorte d'hymne.

En tant que beatboxer, où te situes-tu entre le emceeing et le deejaying ?

Je fais partie de la culture du emceeing, il y a des emcees garage, drum'n'bass, hip hop, des poètes comme Sarah Jones et des chanteurs. Si l'on considère le beatboxing comme le cinquième élément du hip hop, j'ai envie de poser la question suivante "Si c'est le cinquième élément, où serais-tu s'il n'y avait pas de DJs ?". Le beatboxing est là pour se substituer au emcee, cela fait partie de la culture du emceeing, c'est une sorte d'intermédiaire.

 

Et quel style de musique écoutes-tu en ce moment ? Du Hip Hop ?

Aujourd'hui, avec le hip hop, j'ai l'impression d'avoir accompli beaucoup de choses. J'ai le sentiment de ne plus avoir besoin de trouver mon inspiration dans ce style musical. J'ai obtenu les trophées DMC, les trucs du Rock Steady Crew, les pass que tu as dans les concerts et tous ces trucs… J'écoute surtout d'autres musiques comme Björk, Coldplay, Roots Manuva, des vieux EPMD, Gil Scott-Heron, Foo Fighters, tout ce qui a une bonne vibe.

Pour finir, que signifie "Hip Hop Flow" pour toi ?

"Hip Hop Flow", c'est probablement quand tu fais un bœuf, tu flottes dans une vibe, un feeling. Et aussi, tu te répands quand tu réponds à des interviews, comme je suis en train de le faire (rires).


Propos recueillis par Guizmo - Octobre 2001
Photos - Guizmo/Hip Hop Flow Magazine

 
  www.killakela.com