Rencontre avec Aspects

 

 





En Angleterre, Londres semble garder encore le monopole en matière de Hip Hop, cependant on voit depuis peu se développer quelques scènes locales, notamment dans le nord de l'Angleterre, à Nottingham (Out Da Ville), Norwich (Def Tex), et avec les artistes du label YNR comme Jehst et Evil Ed. Bristol n'est pas en reste et s'affirme également comme une ville qui compte sur la cartographie du Hip Hop avec Aspects et Numskullz notamment.
On attendait le premier album d'Aspects avec impatience depuis leur morceau "Kronos Device" paru sur la compilation Wordlab 1 et il n'a pas déçu. L'écoute de "Correct English" a attisé notre curiosité et nous a donné envie d'en savoir plus sur ce groupe talentueux dont on parle malheureusement trop peu. Specify, El-Eye et Probe Mantis, trois des membres du groupe respectivement producteur et emcees, ont accepté de répondre à nos questions.

 

 

Pouvez-vous présenter rapidement les membres du groupe et nous éclairer sur votre parcours musical ? Comment êtes-vous venus au hip hop ?

El Eye : Bubber et El Eye rappent ensemble au sein de divers groupes Hip Hop depuis plus de dix ans, dans des groupes comiques tels que Ill Empire, Phokus et 2 Dope Posse. Probe Mantis, le théoricien de l'enlèvement et de la conspiration rappe depuis à peu près six ans et a été un des membres fondateurs de Fantastic Super Heroes. Specify a commencé à acheter du Hip Hop à l'âge de quatorze ans, depuis cela il s'est élevé au rang de chercheur de beats arnaquant tout ceux qui possédaient un disque qu'il voulait absolument. Il s'est ensuite converti au culte de la MPC, il a fondé un petit groupe de gorilles qui essaye de convertir les sourds à la musique !
Nu Balance est un ancien BMX, également champion de catch entre hommes en 1975, il est DJ depuis le début des années 80. Les membres d'Aspects se sont rencontrés par l'intermédiaire de cet impressionnant collectif de breakeurs, de emcees, de djs et de graffeurs connu sous le nom de Fantastic Super Heroes. Au bout de deux ans, le collectif est devenu trop lourd à gérer, il comprenait au moins vingt-six membres, alors Aspects a quitté FSH pour faire son propre truc. FSH a engendré la marque de vêtements Kuldesac, le design Azlan, et le collectif de graffeurs TCF, 20th Century Frescos.

Comment avez-vous travaillé sur "Correct English", comment avez-vous travaillé les beats notamment ? Et la sortie de ce premier album représente quoi pour vous ?

ESpecify : Beaucoup de beats ont été faits avant que les lyrics ne soient couchées sur le papier, et ils avaient déjà un thème fort à partir desquels les emcees pouvaient construire quelque chose, je pense à des morceaux comme "Lost Soul" ou "Psycho Boogie" qui ont été assez faciles à faire. Sur d'autres morceaux on a travaillé différemment, les emcees connaissaient déjà le sujet du morceau et je partais de cela pour sculpter mon interprétation de ce qu'ils m'avaient expliqué, sur des morceaux comme "My Genre" ou "Intrigue".
El Eye : On a fait cet album avec un budget minimum, sur notre temps libre. Si nous avions eu un soutien financier, on aurait pu faire l'album Hip Hop ultime.

Pourquoi avez-vous intitulé l'album "Correct English" ? Vouliez-vous souligner le fait que vous veniez d'Angleterre ?

El Eye : Depuis pas mal de temps en Angleterre, les artistes ont peur d'être eux-mêmes, le fait que nous nous exprimions avec notre accent et notre argot et que nous abordions des thèmes qui nous nous concernent est correct, même si cela va à l'encontre de la norme du Hip Hop anglais. On ne parle pas de flingues, du quartier parce que cela a déjà été tellement fait. Regarde le rap américain des vingt dernières années… il faut y apporter de la nouveauté, de la fraîcheur et de l'honnêteté.

J'aime beaucoup la pochette de votre album, pouvez-vous nous dire un peu qui est Eco de TCF Crew ?

El Eye : Eco est un graffeur incroyable originaire de Hull (dans le nord est de l'Angleterre). On s'est rencontrés par le biais de FSH avec Paris, un autre graffeur.

Comment a-t-il réalisé cette pochette, l'avez-vous laissé libre de bosser dessus ?

El Eye : Oui, on l'a laissé bosser de son côté. Je pense qu'il a essayé de transformer chacun d'entre nous en nos personnages Hip Hop.

J'ai été assez étonnée de voir que vous aviez joint les lyrics à l'album, ce n'est pas très courant, pourquoi l'avez-vous fait ?

El Eye : Nous l'avons fait pour les gens qui aiment bien lire les paroles. Je me rappelle avoir lu les lyrics sur un vieux disque de Public Enemy quand j'ai commencé à rapper en 1989, alors je me suis dit qu'on allait les mettre pour les gamins.
Probe Mantis : Les gens dorment sur nos lyrics, je veux dire au niveau du second degré, des métaphores et tout ça. Pas tellement les b-boys, mais les gens qui n'écoutent pas de Hip Hop habituellement et qui ont passé leur temps à écouter des textes médiocres. Ces gens-là aussi achètent nos disques. Et puis, nous avions envie d'imposer un iveau de emceeing élevé, beaucoup de rappeurs ont du mal à écrire des lyrics meilleures que les nôtres.

 

Lire la suite de l'interview...