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Tu
figurais sur le premier volume de
la compilation Lyricist Lounge, est-ce
que tu as sorti quelque chose depuis
?
Non
pas encore, j'ai juste fait ce morceau
avec Vadim intitulé "Your
Revolution" et je travaille actuellement
sur d'autres trucs que je souhaite
sortir. Je pense que je vais faire
un album. Donc je pense beaucoup à
ce que je pourrais faire sur cet album,
mais je vous tiendrai au courant.
Pour l'instant, j'essaye de rester
à l'écart des ennuis
créés par le gouvernement
américain qui a interdit le
poème que Vadim et moi avions
écrit. C'est une commission
fédérale des communications,
il s'agit d'un bureau qui contrôle
les normes de la décence, les
critères moraux aux Etats-Unis,
tu sais nous sommes un pays très
politiquement correct, très
convenable, soi-disant.
Donc, cette commission qui est dirigée
par Michael Powell, le fils de Colin
Powell, qui est pourtant un homme
très brillant (je ne sais pas
ce qui s'est passé avec son
fils) mais ils ont interdit d'antenne
notre chanson alors qu'ils laissent
passer à l'antenne toutes ces
conneries, tous ces trucs qui offensent
vraiment les gens, et cela sans aucun
problème. Alors je pense que
je vais faire un album en réponse
à cela.

Au sein de la scène spoken
word, y a-t-il aussi peu de femmes
qu'au sein de la scène Hip
Hop? Si tel est le cas, peux-tu nous
donner ton avis sur cette question
?
Je
pense que les femmes sont plus présentes
dans le spoken word, mieux représentées,
en quelque sorte elles ont plus voix
au chapitre au sein de ce mouvement
collectif que dans le milieu Hip Hop.
Je pense que le problème ne
vient pas des débuts du Hip
Hop. Je pense qu'à l'époque
il y avait plus de place pour s'exprimer,
y compris pour les femmes qui venaient
et faisaient leur truc mais malheureusement
les grosses compagnies on fait du
Hip Hop cette industrie qui génère
des milliards de dollars. Elles ont
créé une sorte de climat
où certaines femmes ont la
parole pour être vraiment connues,
et ils ne mettent qu'une seule image
en avant, évidemment. Mais
je pense que les femmes ne sont pas
à mettre en cause, il y a vraiment
beaucoup de très bonnes emcees
femmes mais elles n'obtiennent pas
de contrat parce qu'elles ne veulent
pas se mettre à poil sur scène
(rires). Je pense que le spoken word
apporte un peu plus de liberté.
Tu
as joué dans "Les monologues
du vagin", une pièce de
Eve Ensler, je voudrais savoir si
tu es féministe ?
Oui
je suis féministe (en français
dans le texte). Pour moi être
féministe, cela veut dire que
j'ai du respect pour les femmes, moi
je suis une femme, je dois respecter
les femmes. Et, quiconque respecte
les femmes - je me fiche de savoir
s'il s'agit d'un homme ou d'une femme
- si tu les respectes alors pour moi,
tu es féministe. Si tu penses
que les hommes et les femmes sont
égaux, c'est aussi simple que
ça.
Ce n'est pas comme aux Etat-Unis où
l'on a l'image, les stéréotypes
des féministes qui ne se rasent
pas ou qui ont des idées complètement
farfelues, le féminisme ce
n'est pas ça. Je suis amie
avec Gloria Steinem qui est un des
plus grands symboles du féminisme.
Quiconque vient du corps d'une femme,
ce qui est le cas de chacun d'entre
nous, devrait ressentir du respect
pour les femmes, parce que nous sommes
l'égale des hommes. C'est aussi
simple que cela pour moi.
Et te définirais-tu comme une
artiste engagée ?
Oui,
je pense avoir refusé pas mal
d'opportunités d'être
une vedette, pour être plutôt
une artiste. Il y avait un show sur
MTV, la chaîne m'avait offert
tout le tremblement, "apparaître
dans une émission, ça
va être génial, tu seras
riche et célèbre, bla,
bla, bla
", mais le show
était complètement stupide,
pour moi ce n'était même
pas la peine de faire l'effort.
Passer à la télévision
est quelque chose de bien, tu touches
des millions de personnes dans le
monde entier, alors pourquoi irais-tu
à la télé faire
une émission de merde ? Et
c'était le cas avec MTV, je
suis désolée mais c'est
ce qu'ils font, c'est vrai.
Donc ils ont fait cette émission,
que je ne trouvais pas si géniale
que ça, ils avaient de bons
emcees mais ça ne correspondait
pas à ce que je voulais faire.
J'essaye de créer un dialogue
plus intéressant parmi les
gens. Les gens qui font du Hip Hop
ne sont pas idiots alors pourquoi
la plupart de ce que l'on nous sert,
de ce que l'on cherche à vendre
doit être aussi consensuel,
aussi peu dérangeant ? Je veux
essayer de changer les choses, de
profiter de ce qui me semble être
une bonne opportunité si cela
me laisse la possibilité d'être
une artiste, la plus intègre
possible.
J'ai
vu sur ton site Sarahjonesonline.com
que tu aurais un projet télé
avec la Warner Bros, de quoi s'agit-il
?
C'est
une question intéressante,
parce qu'après avoir refusé
le projet de MTV, après que
j'aie décidé que je
ne voulais pas faire cette émission,
des gens m'ont dit tu devrais essayer
un projet différent, un truc
télé différent
peut-être. Et, à ce moment-là,
je bossais sur un projet que je ne
vais pas poursuivre parce que j'ai
vraiment besoin d'avoir un plus grand
contrôle sur la créativité
que ce que me laisse faire la télé
actuellement.
Je
voudrais savoir si tu te sens proche
de quelqu'un comme Ursula Rucker ?
J'aime
vraiment beaucoup Ursula Rucker et
je pense que c'est quelqu'un de bien,
j'apprécie le fait qu'elle
se serve de sa voix pour offrir une
alternative dans le monde de la musique.
Pour
finir, que signifie "Hip Hop
Flow" pour toi ?
Pour
moi "hip hop flow" signifie
une façon de parler en poésie
ou dans le spoken word, qui a un rythme
bien distinct. Souvent cela peut être
en accord avec le beat tout comme
peuvent l'être les paroles dans
le rap.
Propos
recueillis par Guizmo - Décembre
2001
Photos
- Guizmo/Hip
Hop Flow Magazine
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