Rencontre avec DJ Vadim

 

 





On connaît DJ Vadim pour ses expérimentations discographiques en matière de Hip Hop, "The Isolationist" ou plus récemment "USSR:Life From The Other Side", mais également via le label JazzFudge qu'il a créé outre Manche en 1995. L'homme est une sorte de globe-trotter du Hip Hop, qui aime mêler les genres et les nationalités pour créer une musique originale, à contre-courant des modes.
Il a aussi pour habitude d'arpenter le monde, ses platines sous le bras, durant de longues tournées, notamment en Europe et a toujours l'excellente idée de s'entourer de collaborateurs et artistes talentueux, tels Blu Rum 13, Mr Thing ou Kela, le plus souvent. Lors de notre rencontre à Toulouse, le human beatboxer anglais était là, mais nous avons eu la surprise de découvrir Sarah Jones et Steve Colman pour représenter la scène spoken word new yorkaise, preuve que Vadim ne laisse jamais longtemps de côté les artistes qui comptent. Ce soir-là, Vadim nous a servi un mix Hip Hop de bonne facture, a exploré quelques galettes reggae, un peu de funk et nous a parlé notamment de sa vision de la musique et des difficultés qu'il rencontre avec son label.
Avec passion et respect, il évoque cette musique qui dérive parfois souvent dans des contrées mercantiles peu affriolantes, qu'il se garde bien - pour notre plus grand plaisir - de côtoyer.

 

 

Tu as joué très souvent en Europe et notamment en France, les concerts semblent être quelque chose de très important pour toi…

Oui, c'est vrai (en français dans le texte). C'est vrai mais, pour moi, l'Europe est comme un très grand pays. En Europe, chaque pays est tellement proche des autres, j'ai joué de la Yougoslavie à l'Ecosse.
C'est sympa, cela te permet de rencontrer de nouvelles personnes, de vivres de nouvelles expériences, chacun a la même idée du Hip Hop mais l'interprète à sa manière, avec sa propre culture, dans sa propre langue. Alors c'est spécial un peu partout, un peu différent, ce n'est pas comme si tout le monde faisait la même chose.

Quel est ton rapport avec le public, avec les fans ?

Avec les fans ? (Rires). Ce n'est pas comme si j'étais une pop star, comme Madonna ! Evidemment, faire un concert live avec des emcees, des poètes et des musiciens c'est différent du mix mais tout tourne toujours autour de l'idée que je veux faire un bon concert. Je veux que les gens passent un bon moment et, je l'espère, qu'ils voient peut-être quelque chose d'un peu différent. En France particulièrement, les gens ne sont pas très au fait de ce qui se fait en Angleterre, mis à part les Beatles. Mais je souhaite leur montrer qu'il y autre chose, que le Hip Hop existe de l'autre côté de la Manche et que la qualité est là. Les gens devraient essayer de voir ce qui s'y passe.

Tu es dj, producteur et tu as aussi fondé le label JazzFudge, qu'est-ce qui te plaît le plus ?

Ce que j'aime le plus ? (Il réfléchit). Il y a un plaisir différent dans le deejaying, la production ou le fait de diriger un label, mais il y a également différentes contraintes. Il y a des avantages et des inconvénients, comme par exemple ce soir je suis à Toulouse, et je suis excité à l'idée de faire ce concert, de mixer, mais je suis vraiment très fatigué, parce que nous avons fait quatre concerts d'affilée, et on a dû dormir deux heures maximum par nuit. J'ai donc dormi huit heures en quatre jours et je suis vraiment épuisé. Demain, c'est notre jour de repos, on va donc pouvoir dormir avant d'entamer notre mini tournée. C'est un aspect négatif. Le côté positif est que s'il y a une bonne ambiance ce soir, ce que j'espère, les gens seront contents d'être là, et ça c'est une bonne chose. C'est pareil en ce qui concerne la production, parfois tu dois travailler durant de longues heures, tu sais que c'est dur, et tu te rends compte que tout ce que tu viens de faire est vraiment nul, et tu ne peux rien y faire. Et puis soudain, une semaine plus tard, tout ce que tu faisais est génial. La musique est comme une drogue. Je pense que si tu as déjà parlé avec des musiciens, quelque musique qu'ils fassent, du rock, du Hip Hop, peu importe, quand ils créent leur musique, ils ressentent la même chose que s'ils s'injectaient de l'héroïne dans les veines. C'est vraiment un truc auquel tu es accro, tu ne peux pas t'arrêter, et tu t'éclates bien.

Les choses semblent se passer plutôt bien pour JazzFudge…

Tu trouves ? Peut-être...

Je te pose la question, je voudrais savoir…

Oh je pensais que tu savais (rires)! C'est très dur parce qu'on a constamment des problèmes avec les distributeurs, un mois on est très bien distribués dans un pays et puis bla, bla, bla, on vend plein de disques et puis les mecs font faillite, ils ne nous payent plus ce qu'ils nous doivent. Il y a donc tout le temps des problèmes. Mais je ne parle pas des "petits" pays, même en France où on est distribués, il y a des gens qui se sont enfuis avec l'argent et on ne les a plus jamais revus, c'est vraiment la galère. On a essayé de trouver quelqu'un d'autre pour la distribution mais ce n'est pas si évident, j'espère que les gens pourront malgré tout découvrir ma musique par le biais de ce que je fais chez Ninja Tune, puis iront voir ce que je fais chez JazzFudge, ce que font Kela et les autres groupes qui sont signés sur le label. Mais bon, ce n'est vraiment pas facile pour nous.

 

 

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