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Mais
par rapport à d'autres labels
anglais, ça marche quand même
bien pour JazzFudge
Ah
! De ce point de vue-là, oui.
Mais peut-être parce que je
suis venu ici tellement souvent. Combien
de dj's anglais - des dj's Hip Hop
je veux dire - viennent en France
?
C'est vrai, c'est un des problèmes
qui se posent
Bien
sûr, certains artistes viennent,
mais ils font un concert à
Paris et c'est tout. Ou bien ils vont
aux Transmusicales de Rennes, comme
Nextmen ou Creators quand ils sont
venus en France, mais je ne connais
personne qui fasse autant de concerts
que moi. Avec Mr Thing et Kela, on
a joué dans trente villes différentes
en France. C'est autant que pour les
groupes de Hip Hop français,
comme Lunatic ou Arsenik quand ils
font une tournée. On a joué
dans les mêmes villes et les
mêmes lieux, alors peut-être
que ce qu'on fait est mieux connu
à présent, mais ça
ne veut pas dire pour autant que les
gens achètent les albums. Evidemment
il y a des gens qui achètent
nos disques, mais du point de vue
de la distribution c'est dur. Je veux
dire que plus d'artistes anglais doivent
venir jouer ici pour que les gens
prennent conscience que quelque chose
se passe en Angleterre, car les gens
ne peuvent pas se faire une idée
de la scène anglaise si aucun
artiste ne vient jouer. Plus de gens
comme Roots Manuva - ce n'est qu'un
exemple - devraient venir, il y a
beaucoup de dj's en Angleterre. Mais
du point de vue des ventes d'albums,
les choses vont bien mieux qu'il y
a cinq ans. En fonction de ce qui
se passe, nous devons faire encore
mieux, et c'est comme si à
chaque fois qu'on a le soutien d'une
radio ou d'un magazine, les dj's doivent
partir aux Etats-Unis ou bien la radio
fait faillite, le magazine cesse de
paraître, et ce soutien disparaît
d'un coup et on revient au point de
départ. Et à l'opposé,
que Def Jam, Elektra ou d'autres gros
labels américains sortent un
album, ils font la couverture des
magazines à grand tirage. Mais
d'un côté, je me dis
que ce qui est positif c'est que je
suis en France, ça pourrait
aller plus mal.
Comment
choisis-tu les artistes que tu signes
sur le label ? Ont-ils quelque chose
en commun ?
C'est
essentiellement des gens que j'apprécie,
c'est aussi simple que ça.
Si j'aime ce qu'ils font, je veux
les signer sur le label, mais cela
dépend aussi de la somme que
nous pouvons investir à ce
moment-là, parce qu'on n'a
vraiment pas beaucoup d'argent (rires).
On n'est pas aussi pauvres qu'en Afghanistan
(rires). Mais pour un label on n'a
pas beaucoup d'argent, et c'est très
frustrant parce que je pense sincèrement
que si on avait plus d'argent, les
gens qui sont sur le label, Phi Life
Cypher, Pelding ou Kela, pourraient
connaître un succès beaucoup
plus large. Mark B & Blade sont
le meilleur exemple de ce que je viens
de dire. Nous avons sorti deux de
leurs EP's il y a trois ou quatre
ans, puis ils ont été
signés chez Virgin. On a vendu
environ 5000 ou 6000 copies de ces
EP's, et après avoir été
signés sur Virgin, ils ont
vendu 50 000 copies de leur album.
On avait découvert leur talent,
on avait ce potentiel sous la main
mais ils étaient prêts
à investir la somme nécessaire,
il s'agit quand même de Virgin
Autre exemple : Phi Life Cypher ont
bossé avec Gorillaz, qui ont
vendu énormément d'albums,
trois ou quatre millions d'albums
dans le monde. Phi Life Cypher étaient
sur scène avec eux durant toute
leur tournée, ils étaient
supposés être également
sur l'album mais Dan The Automator
les a virés. Je pense malgré
cela qu'ils seront sur le prochain
album. Ce qui est marrant c'est qu'il
y a plein de trucs sur le label qui
marchent vraiment bien, comme l'album
de Pelding (le batteur fait partie
des Brand New Heavies), mais on a
vraiment besoin d'avoir plus de trucs
comme ça en France, en Allemagne,
et c'est vraiment difficile. J'ai
l'impression, par exemple, que pour
certains cela tient du miracle, ils
claquent des doigts et ils vendent
des tas d'albums, comme en Allemagne
les gens achètent certains
trucs parce que le mec rappe en allemand,
pas parce que c'est un bon album.
Je pense qu'on devrait se développer
en France parce que vous avez de bonnes
structures pour vendre des disques.
Les labels se foutent de savoir si
c'est bon ou pas, ils sont là
"Oh il est black, ça a
l'air pas mal". Peu importe à
quoi ressemble le disque, il sort
et il s'en vend 50 000 ou 100 000
copies tellement facilement. Tu vois,
on travaille cinquante fois plus dur
et on vend dix fois moins, mais on
continue à le faire, et à
la fin de la journée, la seule
raison pour laquelle je fais ça
c'est pour sortir de la bonne musique.
Pas pour amasser de l'argent, parce
que si je voulais faire ça,
je partirais de Londres et je viendrais
à Paris, ou bien je vivrais
à New York ou à Los
Angeles, et je ferais les mêmes
trucs là-bas. Mais je crois
vraiment à ce que nous faisons.
As-tu le sentiment d'appartenir à
la scène Hip Hop anglaise ?
(Il
réfléchit). C'est
amusant parce qu'en Angleterre, ce
nouveau phénomène Hip
Hop qui se produit autour de Roots
Manuva ou Mark B & Blade est vraiment
très récent. Le Hip
Hop en Angleterre a eu son heure de
gloire il y a dix ans, avec des groupes
comme Hijack et Gunshot, qui ont vendu
beaucoup d'albums, puis la drum'n'bass,
la techno et l'acid sont arrivés,
et le Hip Hop est tombé aux
oubliettes, il est revenu au point
de départ. Il y avait encore
une scène à cette époque
mais en termes de succès, ce
n'était vraiment pas ça.
A présent, la scène
bouge et les groupes s'en tirent bien.
Et il y a beaucoup d'artistes, je
ne sais pas quels groupes tu connais,
mais il y a environ une trentaine
ou une quarantaine de groupes qui
font vraiment des trucs très
bien. Malheureusement, la plupart
des gens, même en Angleterre,
ne connaissent que Roots Manuva ou
Mark B & Blade parce qu'ils passent
sur Radio 1 et d'autres grosses radios.
Mis à part ces deux groupes,
tout le reste vend vraiment beaucoup
moins. Il y a Blak Twang, Rodney P
mais même eux ne vendent pas
autant, Mark B & Blade vendent
au moins cinq fois plus que le reste
des artistes anglais. Par exemple
si tu viens en Angleterre avec à
l'esprit les groupes que tu connais,
les gens ici n'auront pas le même
point de vue, parce que vous avez
une expérience différente
de cette scène. Personnellement,
je ne veux pas être connu seulement
en Angleterre, ça ne m'apporterait
rien de bon d'être une superstar
en Angleterre, parce que je pense
que la musique est internationale.
Le Hip Hop en particulier devrait
franchir les barrières, c'est
pour cela que c'est très important
pour moi que les choses marchent bien
en France, en Allemagne, au Portugal,
aux Etats-Unis ou au Canada. Hélas,
beaucoup de groupes ne semblent intéressés
que par leur propre scène et
ne veulent pas en bouger, comme Jay
Z qui ne veut même pas quitter
New York, il est content d'être
là. Ce n'est pas le cas pour
tout le monde, je pense à un
groupe comme The Roots par exemple,
qui veut vraiment faire le tour du
monde et aller à la rencontre
d'autres personnes, un peu comme Kela.
Je suis persuadé qu'il y a
des gens en France qui se disent "On
est Français, on emmerde le
reste du monde, tout ce qu'on veut
c'est vendre 100 000 albums chez nous".
Ce qui est très facile, c'est
toujours plus facile de bien marcher
dans son pays, et c'est beaucoup plus
difficile de faire une musique qui
soit appréciée dans
le monde entier. C'est ce que j'essaye
de faire. J'ai complètement
oublié quelle était
ta question
(Rires).
Je
voulais savoir si tu as le sentiment
d'appartenir à la scène
anglaise ?
Oui,
c'est ce que je disais, j'essaye de
créer quelque chose de totalement
différent. Bien sûr,
je suis attaché à la
scène anglaise, d'ailleurs
je joue beaucoup de trucs anglais,
mais si tu viens en Angleterre et
que tu demandes "Et Vadim ?",
je pense que beaucoup de gens seront
blasés. Peut-être parce
que maintenant je travaille beaucoup
en Europe, mais d'autres seront à
fond dedans, notamment les gens avec
lesquels je travaille. Il y a une
véritable séparation
ici. En France, vous avez énormément
de groupes, mais en Angleterre la
scène est tellement hiérarchisée,
tout le monde se prend la tête
et ce n'est bon pour personne. C'est
essentiellement dû au fait que
personne n'a d'argent, et que tout
le monde fait de son mieux et vend
environ 5000 ou 6000 copies, parfois
même moins. Si ton album se
vend à 4000 exemplaires, tu
as vraiment de la chance.
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