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On
avait remarqué Sarah Jones
sur le premier volume de la compilation
Lyricist Lounge. Sur le fameux morceau
"Your Revolution"
avec DJ Vadim ensuite, morceau qui
a suscité une polémique
puis une interdiction pure et simple
d'antenne aux Etats Unis.
Poétesse, actrice de théâtre,
lyriciste et activiste de la scène
spoken word new-yorkaise, Sarah Jones
est tout cela à la fois et
tellement plus encore.
Peu avant de monter sur scène,
elle nous a accordé cette interview,
à mi-chemin entre le français
et l'anglais, cette jeune femme impressionnante
d'humilité nous a révélé
plusieurs facettes de sa personnalité
faites de convictions politiques,
sociales mais aussi humaines.
Une femme pour qui respecter les femmes
est la définition même
du féminisme, et qui entend
jouer un rôle artistique important
et réfléchi.
Une rencontre qui, on l'espère,
vous donnera envie d'en savoir encore
plus sur elle.
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Sarah,
le public français te connaît
assez peu, pourrais-tu te présenter
? D'où viens-tu, quelle est
ton histoire ?
Je
vais me présenter pour que
les Français puissent savoir
un peu plus ce que je fais.
Je viens de New York, je suis poète
et j'ai écrit quelques pièces
de théâtre que j'ai joué
à Broadway, j'ai fait quelques
films et un peu de télé
aussi. Je fais beaucoup de choses
différentes, je chante un peu,
je pratique différentes disciplines
artistiques.
Comment
es-tu venue au spoken word ?
J'ai
débuté le spoken word
en tant que professionnelle à
New York dans un lieu très
connu qui s'appelle le Nuyorican Poets
Cafe, où j'ai rencontré
différents artistes comme,
par exemple, Saul Williams. Beaucoup
de gens venaient là-bas, y
compris mon ami Steve Colman qui est
avec moi pour jouer ici ce soir. Ce
n'est pas le musicien de jazz Steve
Coleman, c'est un poète. Nous
sommes donc venus au spoken word au
Nuyorican café et nous avons
commencé à gagner des
compétitions, parce que le
slam est plus comme un sport. Jouer
sur scène c'est comme un sport
olympique avec des points et tout
le reste.
Tu
es aussi poète, est-ce que
tu as déjà publié
tes propres livres ?
Je
n'ai pas publié mes propres
livres mais j'ai été
publiée dans plusieurs anthologies,
certains diraient que je n'ai pas
sorti mon propre livre parce que je
ne suis pas encore vraiment établie.
Plusieurs éditeurs m'ont fait
des propositions et j'essaye de prendre
mon temps, de prendre une décision
par rapport à ce sur quoi je
veux focaliser mon énergie.
En ce moment, je suis beaucoup plus
intéressée par la musique,
j'ai envie d'explorer plus cet aspect
que l'édition.
Le
théâtre semble être
une discipline dans laquelle tu es
très impliquée, comment
s'est faite ta rencontre avec le théâtre
?
Comme
je le disais, j'ai commencé
par la poésie au Nuyorican,
et de là, il y a eu une sorte
de progression naturelle vers l'écriture,
mes propres monologues ont abouti
à l'écriture de ma première
pièce de théâtre.
Ensuite, quand je jouais au Nuyorican,
j'ai rencontré beaucoup de
gens, des gens que j'admirais beaucoup,
certains de mes héros sont
venus voir mon spectacle, et aussi
des gens de la communauté,
comme Gil Scott-Heron, Jay Z. C'était
très encourageant, j'ai fini
par remporter des prix pour ma pièce
et par en écrire une autre.
Donc, cela a été une
évolution qui s'est faite très
naturellement, mais qui est également
liée à ma façon
d'utiliser différentes voix
que j'ai développée
d'abord au sein de ma poésie.
Le
théâtre est-il un autre
moyen de t'exprimer, comme peut l'être
le slam ?
Oui.
Je dirais, pour utiliser un jeu de
mots en anglais, que c'est plus "like
a way to express myselves" c'est-à-dire
un moyen d'exprimer mes différentes
personnes. Parce qu'on peut dire que
j'ai plusieurs personnages vivants
en moi, par exemple j'ai un personnage
dans la première pièce
que j'ai écrite qui s'appelle
Miss Lady, c'est une chômeuse
qui vit dans la rue et elle parle
comme ça (elle courbe le dos
et fait comme si elle n'avait plus
de dents), elle n'a pas de dents,
elle est très vieille. Et j'ai
plusieurs personnages comme ça,
il y en a huit au total dans la première
pièce et huit également
dans la seconde. Je peux vivre toutes
ces vies différentes.
Pourquoi
aimes-tu être différents
personnages ?
Je
crois que cela me donne l'occasion
de m'exprimer avec des voix différentes,
d'exprimer des idées différentes.
Par exemple, un des personnages peut
avoir des convictions politiques différentes
des miennes, un des personnages dans
ma première pièce est
un "white supremacist".
Je ne suis bien évidemment
pas d'accord avec lui, ou alors je
serais vraiment une personne minable
parce que je suis moi-même Noire.
Mais mon but, en créant ce
personnage, est de présenter
une vision du monde du point de vue
de cette personne et d'essayer de
montrer qu'il a été
endoctriné de telle façon
et qu'il croit que c'est la vérité
suprême et que les autres lui
sont inférieurs, etc. Donc
j'aime explorer les différentes
personnalités des gens, les
différents points de vue pour
les mettre à mal.
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